Confinements : les effets positifs inattendus, déprimer devient autorisé, la culpabilité diminue..

Nous vivons vraiment un moment inédit. Le discours dominant sur les conséquences psychologiques du confinement est qu’il provoque états dépressifs, sentiment de solitude, crises d’angoisse et décompensations psychiatriques. Si ce constat est juste, il est partiel car il fait l’impasse sur les conséquences psychologiques inverses, c’est-à-dire en quoi le confinement a eu pour effet de soulager, déculpabiliser, rendre plus conscient des personnes qui ne s’y attendaient pas voire même qui anticipaient cette période avec beaucoup d’anxiété.

Comment expliquer ces réactions inattendues? En quoi les périodes de confinement auraient-elles des effets positifs, voire thérapeutiques sur nous?

Confinés, soulagés..

Les personnes qui avaient une vie sociale très riche ont vu leur quotidien complètement transformé. Si certaines ont réellement souffert de l’extinction de leur vie sociale habituelle, d’autres en ont ressenti un soulagement aussi agréable qu’imprévu. Elles ont pris conscience de son aspect frénétique, toujours à la recherche de stimulations à l’extérieur de soi. Surtout, elles ont réalisé qu’être en relation suscite toujours une tension, une angoisse qu’on ne remarque jamais sauf quand celle-ci augmente brusquement. Dans ce cas, la personne peut prendre conscience de ce qui est associé à cette angoisse : la peur d’être jugé par l’autre, le besoin de plaire, la peur de dire non, le besoin de se conformer à l’avis général, avoir l’air cool..

Ainsi, ne plus pouvoir sortir et voir ses amis, a permis à certaines personnes de s’autoriser à être seul, à satisfaire des désirs ou des besoins personnels sans avoir à se justifier auprès d’autrui.

D’autres, qui, étant phobiques, déprimés ou anxieux, restaient déjà chez eux, n’ont pas vu leur quotidien changer en profondeur. Et si certains ont pu souffrir davantage, dans ce contexte de peurs et d’incertitudes, nombreux sont ceux qui ont ressenti un soulagement indéniable. Pourquoi? Le mot d’ordre était “restez chez-vous!”. Cela devenait obligatoire. C’était la règle, la nouvelle norme. Ce qu’il était bien de faire. Or le modèle social à l’œuvre est “soit actif, ait une vie sociale riche, sois heureux”. Le confinement a complètement inversé cette norme désirable. Cela a donc logiquement soulagé de nombreuses personnes qui se sentaient jusqu’alors coupables de ne pas y parvenir. Rester seul, ne rien faire devenait la norme. Déprimer était moins anormal. On se sentait moins coupable d’être angoissé.

Angoisse du déconfinement

Cette dynamique s’est vue confirmée à l’approche du déconfinement. Les personnes ayant ressenti un soulagement commençaient à s’inquiéter de reprendre une vie soumise aux idéaux “soit actif, ait une vie sociale riche, sois heureux”. Comment dire à ses amis qu’ils ne nous avaient pas forcément manqué? Comment refuser de sortir tous les soirs de la semaine? Comment dire qu’on préfère rester seul sans passer pour quelqu’un d’anormal?

Est apparue dans la population une angoisse du déconfinement qui souvent a surpassé en intensité celle liée à l’annonce du confinement.

Enseignements

Les confinements successifs, par le nouveau cadre inédit qu’ils ont créé, ont constitué des sortes de gigantesques expériences de psychologie à l’échelle planétaire. Nous avons assisté à une inversion totale de certaines normes sociales désirables. Les réactions fortes et variées qui se sont produites chez de nombreuses personnes montrent à quel point nous sommes identifiés à ces modèles et l’influence qu’ils exercent sur nous.

Sylvain Letuvée
Psychologue – Psychothérapeute

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